Le Conseil fédéral met en garde contre l'exclusion de Schengen
L'Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières Frontex est une organisation des États membres de Schengen. Elle a pour mission centrale de garantir la sécurité de l'espace Schengen et de protéger en conséquence les frontières extérieures communes. Concrètement, il s'agit de pouvoir relever, de manière ciblée et efficace, les défis communs tels que les grands flux migratoires ou la criminalité organisée transfrontalière comme le trafic de drogue et la traite des êtres humains. Pour cela, il faut impérativement des moyens financiers et humains suffisants, mis à la disposition de Frontex par les États membres de Schengen. C'est également le cas de la Suisse. Seulement, le monde n'est pas immobile et les défis augmentent. Actuellement, ces contributions doivent donc être augmentées afin que Frontex puisse continuer à remplir efficacement ses missions. Mais tout le monde en Suisse ne partage pas cet avis ; c'est pourquoi les Suisses auront le dernier mot à dire dans les urnes le 15 mai.
La Suisse fait partie de l'espace Schengen depuis 2008. Depuis lors, nous sommes fortement intégrés dans ce système et notre pays collabore très étroitement avec les autres États membres, notamment dans le domaine de la sécurité. La Suisse a par exemple accès à d'importantes bases de données de recherche. Selon la ministre de la Justice Karin Keller-Sutter, le système d'information Schengen (SIS) est devenu un instrument incontournable dans la lutte contre la criminalité. Chaque jour, il y a plus de 300 000 consultations. « Le SIS est devenu entre-temps l'épine dorsale de la police suisse », souligne-t-elle devant les médias avant de poursuivre : « Schengen a révolutionné notre travail de police ». Chaque policier, garde-frontière ou même collaborateur d'ambassade, tous ont accès à la base de données internationale des personnes recherchées. Il n'y a pas d'alternative nationale. Le ministre des Finances Ueli Maurer a souligné lui aussi : « Sans Schengen, nous serions beaucoup moins sûrs. Il ne s'agit pas seulement du thème de la migration. Il s'agit plutôt de lutter contre la contrebande organisée au niveau international ou la criminalité en bande ».
De plus, grâce à l'espace de sécurité commun des États Schengen, il est possible de voyager facilement en Europe. Il n'y a plus de contrôles systématiques aux frontières et donc, de longs temps d'attente aux postes de douane. De plus, le visa Schengen unique permet aux touristes de pays non européens de se rendre en Suisse sans aucune formalité administrative. C'est particulièrement important pour le secteur touristique suisse.
Comme l'extension de Frontex est un développement des dispositions de Schengen, tous les États membres sont tenus de les reprendre dans leur propre droit national. C'est prévu par le traité Schengen, et le peuple suisse a clairement dit oui en 2005. Ce qui est tout à fait logique. Après tout, tout le monde se trouve dans l'espace Schengen et peut profiter de ses avantages. Si la Suisse décide de ne pas augmenter sa contribution à Frontex, elle sera exclue du système Schengen. « Le mécanisme de cessation de l'accord de Schengen est très clairement réglé par l'article 7, alinéa 4. Nous ne devons donc pas nous faire d'illusions. En cas de non le 15 mai, la participation de la Suisse à Schengen serait gravement menacée », a déclaré la conseillère fédérale Keller-Sutter. Il en va de même pour le traité de Dublin, qui est juridiquement directement lié à Schengen. Celui-ci ne doit pas non plus être mis en jeu à la légère. Sans l'accord de Dublin, des demandes d'asile déjà rejetées pourraient être déposées une deuxième fois en Suisse.
Le Conseil fédéral le reconnaît également : tout n'a pas fonctionné comme prévu au sein de Frontex par le passé. Mais même en cas de non de la Suisse, l'agence de protection des frontières continuera d'exister. Nous pouvons détourner le regard, isoler notre pays et tourner le dos. Mais cela ne nous mènera nulle part et n'améliorera en rien la situation des demandeurs d'asile aux frontières extérieures. Ou alors, nous pouvons dire oui le 15 mai et contribuer activement à ce que les droits fondamentaux soient mieux protégés à l'avenir et à ce que nos valeurs soient mieux prises en compte.
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